FLORENCE


 

Les guides touristiques ne manqueront pas de vous parler du "duomo" ou du musée des Offices, et moi aussi je vous en parlerai, mais comme j'ai le souci de traiter ce ces visites florentines en les abordant par des sujets moins rebattus et par des angles décalés, laissez-moi vous servir cette photo, la petite histoire afférente, avec un pichet de chianti pour s'humecter la gargante et se délier la langue.

Comme on le sait, Florence fut une ville à la pointe du progrès politique, technique et artistique (entre autres domaines) à la fin du Moyen-Âge ; Florence est la ville où est née la première Renaissance. Ce mur ordinaire, pour Florence en tout cas, avec son modeste fenestron fermé, cache en réalité une incroyable avancée civilisatrice, un considérable progrès humain : le distributeur de boisson.

 

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Il s'agit-là d'une « buchetta », une sorte de guichet qui était utilisé pour la vente au détail de fiasques de chianti protégées d'une résille de paille. Grâce à ces guichets, nombreux à Florence, les producteurs de vins vendaient directement aux clients ; par

 

ce circuit court ils écoulaient plus de marchandise en vendant moins cher et ils augmentaient leur bénéfice en évitant la marge prise par les auberges.

 


 

 

                                         Graffiti

 

Comme sa consonance l'indique, graffiti est un mot italien, qu'en français nous employons directement au pluriel.

Il a deux acceptions très proches, si proches que nous allons les regrouper : sgraffite et graffiti même combat !

En effet il s'agit, initialement, de "griffer" un mur, ou le plus souvent le crépi qui le recouvre. Un sgrafitte est chose noble et ornementale, liée par exemple à l'art nouveau, une griffure ordonnée faite pour durer. Le graffiti lui est expression populaire, drolatique, véhémente, dont la durée de vie aléatoire s'avère généralement brève.

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Sgraffite mural de la via San Leonardo

Dans les rues de Florence on rencontre des cas, comme celui-ci, une sorte de mandala à demi-effacé qui orne le mur d'une propriété de l'aristocratique Via San Leonardo ; un dessin dont je dirais qu'il tient du sgraffite et du graffiti.


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Le profil

Ce graffiti-là n'est pas n'importe lequel, la tradition l'attribue à l'un des plus grands maîtres du ciseau, une des gloires de la Renaissance, l'un des plus grands artistes de l'histoire.

Deux versions se battent en duel.

La première nous dit que l'artiste était régulièrement abordé, à la sortie de son atelier, par un bavard impénitent. Ennuyé, comme nous le sommes tous par ce genre d'individu, l'artiste, au lieu de hocher la tête sans écouter, aurait un jour ciselé le profil de l'importun histoire de passer le temps.

L'autre version raconte que, voyant passer un condamné à mort qui partait pour le supplice, notre artiste ému, touché par l'expression de l'homme, avait gravé son profil sur la pierre, comme on prend une note sur son carnet.

Même si l'histoire s'avérait une légende urbaine, qu'importe. Il est agréable de penser que Michel-Ange a laissé cette trace désinvolte, ce graffiti, sur les murs du Palazzo Vecchio, juste à côté d'une des copies de son David et des œuvres magistrales de Cellini et de Giambologna.

 


Une Joconde assez marrante, qui avec son sourire franc, généreux nous change de l'originale. Ces graffitis se trouvent du côté de l'Accademia et du musée San Marco, dans le quartier universitaire de Florence. Un quartier de petits malins.


 

                            L'Accademia

 La galerie des captifs est un endroit saisissant que l'on traverse pour aller vers le David de Michel-Ange. De chaque côté, prisonniers de leur gangue de pierre, les sculptures inachevées du maître Michelangelo Buonarroti - destinées à un gros client, le pape Jules II - sont d'une grande puissance évocatrice, d'une beauté brute pleine de force et de douleur (de duende en somme).

Photo I. Guyot
Photo I. Guyot

L'Accademia était une école des Beaux-Arts, dirigée un temps par Michel-Ange et, sans que l'on puisse la visiter, la salle des plâtres montrent les sculptures qui servaient de modèles aux élèves de l'école.

L'exemplaire original du David de Michel-Ange, se dresse sous une coupole au bout d'un corridor jalonné de sculptures.

C'est évidemment l'oeuvre majeure, celle qui attire le plus de touristes, de la galleria dell'accademia. 

Le pauvre roi est littéralement mitraillé à longueur de temps, scruté sous toutes les coutures. Néanmoins il reste stoïque sous ces innombrables regards et objectifs.

Les visiteurs sont nombreux, quelque soit leur aspect physique, à se faire photographier, décomplexés, devant l'une des plus célèbres représentations de la beauté masculine.


détail de la robe de la Vierge
détail de la robe de la Vierge

 

 

                Piazza della Signoria

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Le lion et le pigeon

Le palazzo Vecchio et la loggia dei Lanzi, font partie de la piazza della Signoria qui fut le centre politique de la ville Renaissance. C'est maintenant un des lieux les plus touristiques de Florence, un véritable musée de la sculpture à ciel ouvert dominé par le curieux donjon du château gothique des Médicis.

La loggia, ancienne tribune officielle, est un édifice étonnant ; elle abrite, outre la statue de Persée, deux œuvres majeures de Giambologna, sculpteur né et formé en Flandres et venu travailler à Rome et à Florence.

Sur la photographie de gauche, j'apprécie particulièrement les légers creux qu'impriment les doigts du ravisseur sur la fesse de la Sabine : de la souple et ferme consistance du muscle de marbre.

En-dessous, du même Giambologna, cette brute de marbre c'est Heraklès martyrisant un pauvre centaure.

A gauche, quelques figures de la fontaine de Neptune, le dieu se trouve au centre, le"gros blanc" ainsi que le surnomme les Florentins ; cette oeuvre d'Ammanni était moquée par Michel-Ange et ses amis.


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Face
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Pile

Le Persée de Cellini est une œuvre surprenante. La tradition dit que l'auteur, surtout connu pour ses talents d'orfèvre, voulait prouver toute sa virtuosité aux maîtres de la sculpture de son temps.

 

On peut dire que c'est réussi et que notre ami Cellini, au prix de grands efforts et de prouesses techniques très risquées,

 

aura pu surmonter son complexe d'infériorité. Réussir à obtenir les températures nécessaires à la fonte du bronze, provoqua un incendie dans l'atelier, mais Cellini parvint à ses fins. Le héros grec est un magnifique athlète, du genre décathlonien, et le trophée qu'il brandit, la tête de Méduse tranchée à l'épée, apparaît avec toute l'anatomie interne (chair, artère, trachée) qui pendouille, marquant un souci de réalisme gore. Autre détail étonnant : la ressemblance des deux visages, comme si Persée avait décapité sa propre sœur, comme un second effet miroir dans le scénario du mythe.

 

                           

                          Le Duomo

 

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Le duomo vu du campanile de la cathédrale

Le "duomo" c'est le petit nom de la cathédrale de Florence, dont l'ouvrage le plus fameux est la coupole, conçue et construite par Brunelleschi, une des œuvres architecturales les plus célèbres de la Renaissance. Cette construction, très innovante, dont l'architecte a gardé les secrets de conception, est accessible au prix d'une montée assez rude dans une série d'escaliers parfois très étroits, fortement déconseillé aux claustrophobes et aux cardiaques. D'ailleurs l'accès est formellement interdit aux cardiaques claustrophobes. En haut, on se console vite de l'effort terrible et de l'angoisse oppressante de la montée en subissant les affres du vertige si on y est sujet ou, mieux, en profitant d'une vue exceptionnelle à 360°.

C'est la seconde ascension de la journée qui m'a rappelé que j'étais sujet à des problèmes cardiaques qui se sont concrétisés à quelques volées de marches de l'arrivée. Bref, après avoir refusé qu'on appelle les pompiers, j'ai récupéré souffle et systole pour accéder à l'étage convoité.


 

 

                             L'Arno

 En novembre 1966, le fleuve Arno envahit Florence, transforme des quartiers entiers de la ville en un marécage de boue. Les dommages sont catastrophiques, en plus des 17 morts, des commerces et des habitations inondés, le patrimoine artistique de la ville est ravagé. Les eaux envahissent rues et places, le baptistère, la cathédrale, les Offices - où sont exposées et entreposées 8 000 toiles - de nombreuses églises, la bibliothèque nationale. L'eau monte jusqu'au cloître de Santa Maria Novella et, plus loin encore, jusqu'à l'Accademia. Des dizaines de milliers d’œuvres et d'objets d'art sont endommagés ou détruits, il s'ensuivra une mobilisation nationale et internationale et de longues campagnes de restauration et de conservation.

Lors de la crue historique de 1966, l'Arno est monté jusque sur le tablier du ponte Vecchio qui résista quand un pont voisin fut emporté par le flot.
Lors de la crue historique de 1966, l'Arno est monté jusque sur le tablier du ponte Vecchio qui résista quand un pont voisin fut emporté par le flot.

Statue de l'automne sur le pont Santa Trinita
Statue de l'automne sur le pont Santa Trinita
L'hiver
L'hiver

 Le Ponte Vecchio a gardé depuis le XIVe siècle ses magasins et ses habitations, mais les bouchers et tanneurs ont dû cédé la place aux joailliers et aux orfèvres, un artisanat moins odorant, dont les vitrines et les ateliers sont toujours là sept siècles plus tard. 

 

Le ponte Vecchio vu du pont Santa Trinita
Le ponte Vecchio vu du pont Santa Trinita

 

 

 

                Un tour aux Offices

 

LE musée de la peinture italienne, la visite à ne pas manquer, pourtant moi un "quattrocento" j'en ai un à la maison, je me couche avec et je me réveille à ses côtés, mais que voulez-vous je suis consciencieux alors on a fait notre boulot de touristes, on est allé aux Offices et franchement ça valait le coup de supporter toute cette foule.

 

Pour éviter les bousculades, nous avons commencé la visite des Offices, avec un coupe-file, à la première heure et nous sommes allés directement dans la salle où sont exposées les deux grands tableaux de Botticelli. Ainsi nous avons devancé de quelques 20 ou 30 minutes les premières vagues de touristes dont le but, pour beaucoup, n'est pas de s'imprégner du charme et de la beauté des œuvres mais de se faire photographier devant elles. Bon, chacun fait comme il veut, bien que j'ai du mal à comprendre quel peut être le plaisir que l'on trouve à ce genre de pratique, sans doute cette preuve par l'image raffermit-elle des "ego" défaillants, pouvoir dire et montrer : " j'y étais". Les deux grands tableaux de Botticelli sont les stars du musée, empreints de grâce, d'une élégance raffinée et sensuelle qui marque nombre de tableaux italiens de la Renaissance. Une rupture s'opère avec le tableau de Gentileschi, une femme peintre, héritière du Caravage et dont la version de "Judith et Holopherne " tranche aussi net avec le style aimable de la Renaissance que le couteau de Judith la carotide d'Holopherne. Une belle œuvre, claire obscure, et pas sans bavure ni violence, peinte dans la vingtième année de l'artiste. Dans la petite galerie ci-dessous, un intrus s'est immiscé, une forte récompense attend le premier qui le démasquera.

 

 Il y aussi de la sculpture dans cette pinacothèque, un peu accessoire elle décore souvent les couloirs, sauf ci dessous ce-tte gracieux-se hermaphrodite (j'applique à ma manière l'écriture inclusive) qui attirait la foule, plus que l'érotisme discret de la toile de l'école de Fontainebleau en arrière-plan. 

 

 

 

Prochain épisodes florentins : l'Oltrarno, le musée du Bargello, le palais Pitti, Santa Croce, Santa Maria Novella, les "Hauts" de la ville et l'aristocratique via San Leonardo, le tramway, le bus, les "linguine alle vongole" et les glaces, à l'italienne et à tomber par terre...