VIENNE : Freud, Schiele et la grande roue


Mathieu Guillochon photographe, Europe, Autriche, Vienne, canal du Danube, bateua-mouche, quai, street art, graffiti

 

Pour fêter le printemps, l'anniversaire de la princesse et l'an nouveau des Anciens, nous sommes partis pour trois jours à Vienne, ville impériale et capitale culturelle, ville cosmopolite et digue de la Chrétienté où la vague de submersion de la conquête ottomane se brisât à deux reprises, en 1529 et en 1683.

Le centre impérial de Vienne n'est pas sans évoquer Paris. Le Paris fastueux des empires, ceux du grand et du petit Napoléon, celui - colonial - de la IIIe république triomphante. La même expression de la puissance politique à travers l'urbanisme (le tramway en plus pour Vienne), l'architecture (même si les styles différent) l'ornementation des rues et des façades, la statuaire, les matériaux utilisés et avec le Danube à la place de la Seine. 

Photo I. Guyot
Photo I. Guyot

Mathieu Guillochon photographe, Europe, Autriche, Vienne, Kunsthsitoriches, musée, architecture, art, ancien, contemporain, paysage urbain, fronton, statue, bleu, tuiles, blanc.
Vue depuis le Leopold Museum sur le Kunsthistoriches Museum

 

                                      Les musées

 

Mathieu Guillochon photographe, Europe, Autriche, Vienne, Belvédère, musée, architecture, ancien, contemporain, reflet, colonnes, gris bleu, colonnes, atlante, Inside Outside, art
Un jour gris se reflète dans la porte du Belvédère Supérieur.
Photographie, Vienne, Autriche, musée Freud, rouge, panneau, psychanalyse, visite, Isabelle Guyot
Ici Freud (photo, I. Guyot)

 

 

Elle voulait aller à Vienne, la ville de Freud, la ville impériale

où l'inconscient fut découvert.

À Londres, elle était allée visiter sa maison et s'était recueillie sur

sa tombe.

Mais à Londres, Sigmund n'avait vécu que quelques mois, avant

de mourir d'un cancer de la mâchoire, alors qu'à Vienne il y avait grandi,

charmant bambin qui faisait bien ses rots et son Œdipe. Il y avait

conçu ses théories révolutionnaires.

Donc nous sommes allés visiter Vienne, en commençant par une

saucisse-frites roborative suivie d'une balade le long du canal du Danube

jusqu'à Innerstadt, la vieille ville contenue à l'intérieur du Ring.

C'est au premier matin que nous avons visité le musée Freud, installé

dans un immeuble bourgeois où le célèbre Doktor avait logement et

cabinet.

Il m'a semblé que les visiteurs de la maison Freud étaient majoritairement

français et peut être argentins aussi, l'autre pays de la psychanalyse.

Ils parlaient français, espagnol et puis pour confirmer la prééminence

de la présence française en ces lieux j'ai acheté, en guise de souvenir,

un livre de poche traduit de l'autrichien, "Le tabac Tresnik",

qui fait le récit de l'éducation sentimentale, politique et sexuelle d'un

jeune autrichien des années 1930 et de sa rencontre décisive avec Freud.

Un bon roman, triste comme un crépuscule gris, sombre comme

la montée du fascisme, et dont une partie de l'intrigue se déroule

dans le parc d'attractions du Prater.

 

 

Un autoportrait en reflet près d'un panneau sur le narcissisme, quoi de plus normal ; le "célèbre" Freud (maintenant c'est Jean-Kevin de la "Villa des Cœurs Brisés" qui est célèbre) que Paris-Soir présente comme un philosophe, pourquoi pas ; une double page sur le clitoris : des obsédés et des précurseurs ; des photos de Freud et de ses amis dans un miroir et des psys en visite (?) avec le guide audio : je ne me sers jamais de ces appareils diaboliques, ils sont encombrants, sentencieux, ennuyeux et ils m'empêchent de me concentrer, de ressentir, de regarder et de photographier.

    


Photographie, Vienne, Autriche, Leopold museum, personnages, couleurs, street photo, soleil de printemps, Mathieu Guillochon
Dans le quartier des musées

Pour moi, l'idée principale était d'être là-bas, avec elle, pour le célébrer le printemps,

d'être là, dans cet ailleurs, avec mon appareil photo. Le reste...

Ah si ! il y avait les tableaux d'Egon Schiele, Klimt aussi, mais surtout Schiele, cet Arthur de la peinture, ce Rimbaud du pinceau (oups !).

Je n'ai pas été déçu. Il n'a jamais été client de Sigmund, l'Egon, mais il aurait pu.

Je suppose que peindre comme ça devait l'aider. Peindre ces madones à tête de mort, ces mères aveugles, peindre ces corps torturés, ces corps recouverts d'une chair obscène de maigreur, ces squelettes ultra sexués, peindre ainsi devait permettre de soulager la douleur, la violence qui habitaient cet artiste. Il vidait son sac sur la toile.

Nous avons eu le temps de visiter deux des musées où voir ces grands peintres viennois.

à droite portrait du docteur Hugo Koller, Belvédère.

Au-delà des classiques bien connus en reproduction, j'y ai fait la découverte de grands portraits, des tableaux de commande sans doute, portraits en pied de riches viennois, œuvres étonnantes, d'une maîtrise incroyable, qui ne furent pas sans m'évoquer la manière d'un Freud, on y revient, mais l'autre, le peintre Lucian, le petit-fils de Sigmund. 


Un tableau de Lucian Freud

 Chez Freud comme chez Schiele, les corps sont exposés, exhibés, ils sont le plus souvent nus, abandonnés dans le sommeil ou livrés dans l'exigence de la pose. Si les corps débordent de chair chez Freud alors que les corps sont décharnés chez Schiele, ils expriment bien souvent une même puissance vitale empreinte de morbidité


Ci-dessous un tableau inachevé, qui contredit ce que je dis plus haut de la maigreur des corps peints par Schiele, mais qui offre un bon exemple de la puissance crue, de la virulence de son art.

Une autre virulence emportera le peintre. Quelques jours après sa femme il meurt de la grippe espagnole en 1918. Il avait 28 ans.

 

 

Vienne compte plusieurs dizaines de musées, il faut alors faire un choix, je vous conseillerais de privilégier les pinacothèques. Les collections de peintres viennois (Klimt, Schiele, Kokoschka, etc) sont principalement répartis sur trois musées (Léopold, Belvédère, Albertina). Le Belvédère et le Kunsthistorisches abritent d'abondantes et magnifiques collections où l'on retrouve les grands noms de la peinture occidentale : Arcimboldo, Brueghel, Van Eyck, Titien, Véronèse, Holbein, Velázquez, Caravage, Van Dyck, Rembrandt, Rubens, Friedrich, Renoir et tant d'autres plus ou moins célèbres.

Ci-dessous un chef d'oeuvre de Vermeer "l'atelier du peintre" ainsi que cet étonnant tableau de Van Hoogstraten "Vieil homme à la fenêtre".

 

Nous étions en route pour le quartier des musées et nous n'avons pas pris le temps de visiter le palais de la Sécession, un mouvement artistique initié par les jeunes artistes d'avant-garde autrichiens (Olbrich, Von Stuck, Klimt, etc). On y trouve la frise Beethoven, réalisée par Klimt en hommage au compositeur (ah les quatuors à cordes...). Par contre au musée Léopold on voit "Vie et Mort" l'un des tableaux les plus sombres de Klimt.

 

 

 

                                                                                          Petit intermède roboratif

 Sur le chemin qui mène du Belvédère au Léopold, il nous a bien fallu reconstituer nos forces, prendre les calories nécessaires au labeur épuisant que constitue la visite des musées. Négligeant donc le palais de la Sécession, et après avoir passé la papagenogasse, qui m'a semblé être de bon présage, nous avons trouvé dans un beau bâtiment bourgeois, le havre où reposer nos jambes harassées (surtout les miennes) et remplir nos estomacs vides d'un reconstituant et savoureux snack mitteleuropa.

"Addicted To Rock", Getreidemarkt 11, bar, burger et notre musique : le rock !

L'ottakringer, une bonne petite bière, une blonde goûtue et néanmoins légère, brassée à Vienne.

L'adresse est bonne, bien placée, et calme en ce début d'après-midi, sans doute beaucoup plus animée le soir.


La façade du Belvédère Inférieur, une vitrine du Belvédère Supérieur qui abrite de grandes œuvres de Klimt ("Le baiser") et de Schiele. "Chasseurs dans la neige" l'un des plus célèbres tableaux de Brueghel l'Ancien est au Kunsthistorisches Museum. Photos I. Guyot

 

 

                                                     Innerstadt

 

Un must du tourisme à Vienne, le tramway du ring qui fait le tour du centre historique. Photo : I. Guyot
Un must du tourisme à Vienne, le tramway du ring qui fait le tour du centre historique. Photo : I. Guyot

Innerstadt est ceint par la ligne de tramway du Ring - reconnaissable à sa couleur jaune il s'avère être un excellent moyen pour se faire une idée générale des lieux - et les boulevards circulaires qui correspondent à l'ancienne ligne des fortifications. De part et d'autre du "Ring" se trouvent les grands édifices institutionnels : le Rathaus (l'hôtel de ville), le temple grec du Parlement, les deux musées jumeaux des Beaux-Arts (une sorte de Louvre local) et d'histoire naturelle et le Staatsoper l'un des plus fameux opéras du monde.  Entre monuments, immeubles et palais, Innerstadt offre un décor d'une grande homogénéité qui, malgré son aspect propret de bonbonnière géante, fait tout son charme.

 

Photographie, Vienne, Autriche, reflet, inside outside, voyage, tourisme, innerstadt, Stephansdom, cathédrale, église, art, architecture, Mathieu Guillochon
Sur la place du Stephansdom


le café Central, un service déplorable dans un décor exceptionnel.
le café Central, un service déplorable dans un décor exceptionnel.

Autre point commun avec Paris, les cafés et, malheureusement, les garçons de café qui, à Vienne, sont aussi peu aimables qu'à Paris. Pourtant les cafés viennois sont des institutions qui m'ont semblé  beaucoup plus bourgeoises que les brasseries parisiennes. Ils ont un côté salon de thé chic, avec leur vitrine de pâtisseries (jolies et souvent délicieuses) leur décor suranné fait de grandes baies et de boiseries, de lustres, de colonnes et de mosaïques, mais malgré ce standing on n'y est que très médiocrement reçu à l'exception du Kleines Café, un petit  établissement ombreux, et du Diglas, le dernier où nous soyons allés.

 

l'autre salle du "Central" une sorte de patio néo quelque chose.
l'autre salle du "Central" une sorte de patio néo quelque chose.

 

 

                                      Le Prater

 

 

Vienne mériterait au moins deux journées de plus que les trois jours que nous y avons passés. D'abord pour laisser plus de temps à la déambulation nonchalante et donc à la photographie, ensuite pour nous permettre d'aller voir le château de Schönbrunn, le Hofburg et d'autres sites et musées que nous n'avons pas visités. Par contre nous sommes allés sur le bord du Danube et avons fait un tour dans le parc d'attractions du Prater.

 

Après un petit tour sur les rives du Danube, tagada-dada-tsointsoin-tsointsoin, plus précisément sur une île du fleuve dans l'ambiance tristoune de cette saison intermédiaire, nous nous sommes rabattus sur le Prater, un des spots les plus connus du tourisme à Vienne. 

 

Le parc d'attractions n'était pas entièrement ouvert, nombre de manèges restaient couverts de bâches ou se trouvaient en cours d'installation. Dans cette ambiance de station balnéaire qui sortirait lentement de la torpeur de la morte-saison, le décor coloré des manèges qui semblaient être des jouets de géants, la lumière claire de ce jour de fin d'hiver et la mélancolie, la nostalgie qui en émanait, se prêtaient bien à une promenade nonchalante en attendant l'heure d'aller récupérer nos valises et de repartir à l'aéroport.