Surimpressions

un reflet et pas une surimpression, c'est l'effet de l'unité de temps et de l'unité de lieu. Comme je te le disais je trouve que c'est une bonne manière d'utiliser ainsi ce procédé de surimpression, comme dans le métro par exemple avec les lignes qui s'entrecroisent, les gens qui se superposent, les reflets qui s'accumulent. Ca semble donner une sorte de cohérence, une étrange normalité à l'image et cette légère déviation rend l'image encore plus étrange, plus déroutante que dans l'utilisation la plus courante de la surimpression. 

 

En

 

Ma mère rêve et, parfois, elle nous confiait pour les dédramatiser sans doute, pour s'en libérer, certains de ses cauchemars récurrents. L'homme tapi dans sa chambre et qui se jetait sur elle, l'homme qui la poursuivait le couteau brandit. J'étais sensible à cette narration, même si je n'en n'ai compris le sens que bien plus tard.

Ma mère rêve encore et toujours et encore et toujours de cet homme, ou ces hommes, aux aguets dans sa chambre. Un jour, à l'aube et à l'issue d'un de ces cauchemars qui revenait elle a tout dévasté dans sa chambre, retournant le matelas, renversant son téléviseur, vidant placards et bibliothèques et ameutant tout l'étage. A moi, comme aux autres, elle a abondamment raconté cette agression, la venue de la police et les hypothèses expliquant la présence de ses agresseurs et leurs motivations.

Ma mère rêve toujours et son rêve se prolonge dans l'éveil. Les fantasmes et les désirs profonds de la nuit résistent, se perpétuent à la pleine lumière du jour. Ma mère un jour m'a dit, en face, ma sœur à mes côtés écoutait, qu'elle avait été agressé, forcée et que ça faisait "mal comme un viol". Elle l'a enfin dit après l'avoir tu toute sa vie. Ma mère maintenant déplore - et pleure sans doute - les longues absences de son père, son père qui n'était pas là et qui n'a pas su la protéger.

Ma mère était une belle femme. je ne le savais pas moi qu'elle était belle, je ne m'en suis aperçu bien plus tard comme pour le sens de ses cauchemars, de ses terreurs nocturnes. Elle était assez grande pour une femme de sa génération. Elle avait de beaux cheveux ondulés, de couleur auburn; de belles formes très féminines et de jolies jambes fines, un assez long nez fin, légèrement aquilin, des yeux clairs, vert, de belles mains et des attaches délicates, de celles que l'on dit aristocratiques. A son âge, il ne reste que les vestiges de cette beauté, ses mains sont déformées par l'arthrose, son corps alourdi par trop de repas et de sucre, trop de grossesses et d'accouchements. Mais son nez est toujours là et ses yeux clairs aussi.

Ma mère ne perçoit plus le passage du temps, elle ne se sent pas vieillir sauf pour ses mains et ses avant-bras, ma mère ne comprend plus ce que ses yeux voient encore, ma mère décrit des voyages ou des sorties qu'elle ne fait pas, ma mère ne sait plus son âge ni celui de ses enfants, ma mère demande à chaque visite des nouvelles des morts, ma mère rêve d'aller dans le Sud, sur une plage de sable se baigner une fois encore, ma mère ne parle jamais de la mort mais elle traverse de temps en temps et projette de traverser la rivière où, de l'autre rive, sa mère lui fait de grands signes.

 

 

Sous un pont #1

Sous un pont #2

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Mihi quidem Antiochum, quem audis, satis belle videris attendere. Hanc igitur quoque transfer in animum dirigentes.