SURIMPRESSIONS

    (Motifs. Les grandes vacances. Crash test. Transports. Sous un pont. Rose. Les larmes. )

 

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Le rêve

 

« L’art naît de contrainte, vit de lutte, meurt de liberté » je sais que cette citation appelle bien des controverses, c'est peut-être son objectif, à moins que son but ultime soit que je lise Gide. Mais là je me donne trop d'importance.

La contrainte supplémentaire (il y a déjà celles du cadre, des deux dimensions et du compte en banque) c'est celle qu'imposent les capacités de ma caméra : la contrainte la plus célèbre, la nécessaire unité de temps, de lieu et d'action. Il me semble que ces images donnent raison au premier terme. L'art, même mineur, naît de cette contrainte qui m'oblige à travailler dans un laps de temps très court et au même endroit, m'amenant ainsi à superposer le même, le motif ou à ne donner à l'image qu'une légère déviation, une normalité bizarre.

Le résultat n'en paraît que plus étrange.

 


 

"Sur le motif", je voulais appeler ainsi cette suite, cette saison de la série, et en allant vérifier ce que signifiait exactement cette proposition, cette expression, je me suis aperçu qu'elle perdait de son sens en photographie. Selon la définition, un photographe travaille -presque- toujours sur le motif, la prise de vues se réalisant dehors ou en vif, alors que toute la "post-production", même en numérique, se fait sinon au labo au moins dans un lieu clos. 

Google avec les mots clés "sur le motif en photographie" ne donne aucun résultat, mais je ne pense pas être le seul à travailler ainsi sur la répétition du motif et des couleurs, je n'en connais pas voilà tout. D'ailleurs je ne connais pas énormément de photographes, au moins suis-je plus assuré de ne plagier personne. Alors, l'intention étant là dés le début, j'ai décidé de valider ce titre en lui donnant une autre acception qui, a posteriori, me ramène au travail de Simon Hantai dont j'avais vu une exposition -posthume et néanmoins habitée, magique- à Beaubourg.

 


                                                      Deux toiles immenses de Simon Hantaï

 


Les grandes vacances

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La file d'attente
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Pêcheurs sur la jetée
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Paysage-collage

                                                                  Les spirales de Talbert

Marée basse dans le port de Paimpol
Marée basse dans le port de Paimpol

 

Crashtest

C'est sans doute toute une civilisation qui va tester le crash. On n'arrête pas de foncer vers le mur, à moins que nous l'ayons déjà percuté et que ce crash, au lieu de se compter en millièmes de secondes, se produit lentement en dizaines d'années comme dans un ralenti si lent qu'il en devient quasi imperceptible.

Moi, de là où je suis, je ne peux qu'en parler métaphoriquement, grâce à ces artifices visuels réalisés souvent au cul des camions, auprès d'espaces de travaux publics où je me retrouve à photographier des rouages et des leviers, des constructions et des destructions, des structures et des fouillis. Comme pour les autres suites de surimpressions je retourne sur mes zones de pêche favorites : les rivages, les lignes de transport, les rues, les arbres, sans oublier "les petites fleurs".

 




Les transports

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Les escaliers



 

Sous un pont #1

Sous un pont #2

Sous un pont #3

Sous un pont #4

Sous un pont #5


Rose


 

Un jour elle m'a dit, "ça justifie les larmes".

 

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Ma mère au jardin

 

Ma mère rêve et, parfois, pour les dédramatiser, pour tenter de s'en libérer, elle nous confiait certains de ses cauchemars récurrents. L'homme tapi dans sa chambre et qui se jetait sur elle, l'homme qui la poursuivait le couteau levé. J'étais sensible à cette narration, même si je n'en n'ai compris le sens que bien plus tard.

Ma mère rêve encore et toujours et encore et toujours de cette figure d'homme, ou de ces hommes, aux aguets dans sa chambre. Un jour, à l'aube et à l'issue d'un de ces cauchemars qui revenait, elle a tout dévasté dans sa chambre, retournant le matelas, renversant son téléviseur, vidant placards et bibliothèques et ameutant tout l'étage. A moi, comme aux autres, elle a abondamment raconté cette agression, la venue de la police, les lumières de gyrophares, l'effervescence dans les couloirs, ses soupçons et ses hypothèses.

Ma mère rêve toujours et depuis quelques années son rêve se prolonge dans l'éveil. Les peurs profondes, les terreurs oniriques de la nuit résistent au réveil, se prolongent dans la pleine lumière du jour.

Ma mère un jour m'a dit, en face, ma sœur à mes côtés écoutait, qu'elle avait été agressé, forcée et que ça faisait "mal comme un viol". Elle l'a enfin dit après l'avoir tu toute sa vie.

Ma mère déplore - et pleure sans doute - les longues absences de son père, son père qui n'était pas là et qui n'a pas su la protéger.

Ma mère était une belle femme. Je ne le savais pas qu'elle était belle, je ne m'en suis aperçu bien plus tard comme pour le sens de ses cauchemars, de ses terreurs nocturnes. Elle était assez grande pour une femme de sa génération. Elle avait de beaux cheveux ondulés ; de belles formes très féminines et de jolies jambes fines, un assez long nez fin, légèrement aquilin, des yeux clairs, vert, de belles mains et des attaches délicates, de celles que l'on dit aristocratiques. A son âge, il ne reste que les vestiges de cette beauté, ses mains sont déformées par l'arthrose, son corps alourdi par trop de repas et de sucre, trop de grossesses et d'accouchements. Mais ses yeux clairs sont toujours là, fixés sur moi et comme projetés ailleurs.

 

Ma mère ne perçoit plus le passage du temps, elle ne se voit pas vieillir.

Ma mère ne sait plus son âge ni celui de ses enfants.

Ma mère, souvent, ne comprend pas ce que ses yeux voient encore.

Ma mère regarde au-delà.

Ma mère décrit des voyages ou des sorties qu'elle ne fait pas.

Ma mère relate des évènements qui ne se sont pas déroulés.

Ma mère demande à chaque visite des nouvelles des morts.

Ma mère veut aller dans le Sud.

Ma mère désire une plage de sable et se baigner une fois encore.

Ma mère ne parle jamais de la mort.

Ma mère projette de traverser la rivière où, de l'autre rive, sa mère lui fait de grands signes.

 

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Saints